J’évoquais dans mon dernier post une manière de raisonner que je résumais ainsi : « Voir loin pour proposer vite ».
Cette formule appelle cependant un complément. La capacité à anticiper et à formuler rapidement une proposition ne détermine pas, à elle seule, le moment auquel il convient d’agir. Entre l’anticipation et l’action intervient en effet une autre dimension : le TEMPO.
Ma formation militaire m’a très tôt confronté à cette question à travers une règle simple, celle dite du « tiers-temps ». Son principe consiste à répartir le temps disponible entre les différents niveaux qui concourent à l’exécution d’une mission.
Lorsqu’un échelon reçoit une mission qui devra être exécutée à une échéance donnée, il dispose d’un intervalle de temps déterminé. La règle consiste à n’en consacrer qu’environ un tiers à la compréhension de l’intention du niveau supérieur, à l’analyse de sa propre mission, à la conception de la manœuvre et à l’élaboration des ordres. Les deux tiers restants sont laissés au niveau subordonné afin qu’il puisse effectuer, à son tour, ce même travail puis préparer l’exécution.
Appliqué successivement, ce principe produit un effet essentiel : chaque niveau préserve une partie du temps disponible au profit de celui qui devra agir après lui.
La portée de cette règle dépasse, à mes yeux, son expression arithmétique. Le rapport entre un tiers et deux tiers importe moins que la discipline intellectuelle qu’il impose. Le temps disponible jusqu’à l’échéance ne constitue pas une ressource dont celui qui prépare la décision peut disposer intégralement. Une partie de ce temps appartient déjà, en quelque sorte, à ceux qui devront comprendre cette décision, se l’approprier, la décliner, réunir les moyens nécessaires et finalement l’exécuter.
Cette manière de raisonner a profondément structuré mon rapport au temps dans l’action. Une décision pertinente prise trop tard peut placer ceux qui doivent la mettre en œuvre dans une situation où la préparation devient précipitation. À l’inverse, l’anticipation permet de préparer une décision sans imposer son déclenchement immédiat.
Je retrouve aujourd’hui cette problématique dans un environnement industriel et opérationnel très différent. La règle militaire du tiers-temps n’a évidemment pas vocation à y être transposée mécaniquement. Le raisonnement qui la sous-tend conserve en revanche tout son intérêt : intégrer, dès l’origine, le temps nécessaire aux différents acteurs qui transformeront une décision en action effective.
Cette approche complète finalement assez bien mon propos précédent. « Voir loin pour proposer vite » permet de créer du temps en amont. La maîtrise du tempo consiste ensuite à employer ce temps avec discernement, en préservant celui dont les autres auront besoin en aval.
Le bon tempo n’est pas celui qui accélère la décision mais celui qui préserve le temps de l’action.
Samir, depuis Dakhla.