Extrait du rapport final de l’Institut d’Anthropologie Comportementale. Année 2036.

Les travaux conduits cette année ont permis d’approfondir les connaissances relatives à l’Homo Responsabilis, une sous-espèce humaine encore observée en nombre significatif au début du XXIe siècle.

Longtemps considéré comme abondant, l’Homo Responsabilis semble avoir connu un déclin rapide à partir des années 2020.

Les archives disponibles permettent aujourd’hui d’établir plusieurs caractéristiques distinctives: l’individu prenait des décisions.

Cette particularité n’a rien d’exceptionnel au regard des standards de cette époque. Le trait qui retient davantage l’attention des chercheurs est qu’il reconnaissait également en être l’auteur.

L’une des découvertes les plus remarquables de cette mission est un fragment documentaire retrouvé dans un état de conservation exceptionnel. Après plusieurs mois d’analyses et de vérifications croisées, son authenticité est désormais considérée comme probable. Le document contient une déclaration attribuée à un spécimen adulte d’Homo Responsabilis : « C’est ma décision. J’en assume les conséquences. »

Les experts ont longtemps considéré cette archive comme apocryphe. Sa formulation apparaissait peu compatible avec les comportements observés au cours de la décennie suivante. D’autres témoignages confirment pourtant son authenticité.

Une caractéristique secondaire mérite également d’être signalée. Les archives suggèrent que l’Homo Responsabilis entretenait un rapport inhabituel à la causalité. Il admettait occasionnellement pouvoir être lié aux conséquences de ses propres décisions.

Cette hypothèse demeure difficilement recevable pour une partie importante de la communauté scientifique. Les dernières observations fiables remontent au début des années 2030. À partir de cette période, les traces deviennent rares, puis disparaissent presque totalement.

Les fouilles n’ont permis de retrouver aucun descendant direct de l’Homo Responsabilis. Les chercheurs ont d’abord privilégié l’hypothèse d’une extinction naturelle mais cette théorie est aujourd’hui contestée. Les travaux les plus récents suggèrent d’ailleurs un phénomène différent : l’espèce ne serait pas morte. Elle se serait en fait adaptée.

Les analyses génétiques révèlent que l’Homo Responsabilis et son descendant contemporain -l’Homo Excusabilis – partagent plus de 99,9% de leur patrimoine génétique.

Les différences observées sont donc essentiellement comportementales. Et comme souvent en matière d’évolution, ce sont les plus difficiles à expliquer.


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