Pendant longtemps, un cadre était payé pour arbitrer.

Choisir, trancher, dire « NON » et en assumer les conséquences.

Et accepter de parfois créer du mécontentement.

Aujourd’hui, beaucoup de cadres sont surtout devenus des « animateurs » administratifs. Leur rôle n’est plus vraiment de décider; il est de fluidifier les échanges, les relations, les susceptibilités, les réunions, les désaccords.

Alors on consulte. On aligne…ou on s’aligne; on partage; on co-construit.

Bref, on fait « con-ver-ger !» Et tout çà pour soigneusement éviter le conflit.

Car dans beaucoup d’organisations modernes, le désaccord est devenu socialement dangereux, sociologiquement pervers.

Celui qui dit « NON » bloque, il raidit et devient quelqu’un de « clivant » (le mot le plus terrible !)

Celui qui arbitre « manque d’écoute ». Celui qui contredit « abîme le collectif ».

Résultat : on remplace progressivement la décision par…le processus de décision.

Alors, les réunions remplacent les arbitrages. Les « slides » remplacent les positions et les choix assumés. Et les circuits de validation deviennent parfois de simples mécanismes d’alignement où chacun regarde surtout ce qu’a validé le précédent avant de signer à son tour.

Il est consternant de constater qu’exposer un problème est devenu plus valorisé que de choisir une solution pour le régler – même partiellement.

Choisir a toujours été risqué, car c’est fermer des options; c’est créer des frustrations; c’est accepter qu’une partie des acteurs ne soit pas satisfaite.

Et alors ?

Autrement dit : arbitrer, c’est renoncer et l’assumer.

L’harmonie permanente est une illusion à la fois dangereuse – au sens managérial et contre-productive – au sens économique.

Le basculement est peut-être là, installé, docile, rassurant.

Nous avons, sans nous en rendre vraiment compte, progressivement construit des organisations où la compétence la plus valorisée n’est plus la capacité à décider mais celle à ne froisser personne en décidant.

Une décision qui ne contrarie jamais personne est rarement une décision.

Les organisations qui poursuivent dans cette voie ne pilotent plus.

Elles négocient en permanence leur propre paralysie.


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