La bienveillance est une force exigeante. Elle suppose de ne pas réagir immédiatement afin de laisser une place à l’autre; d’accepter ce qui pourrait être corrigé.

Elle n’est ni faiblesse, ni naïveté. Elle est un choix, peut-être même un état d’esprit.

Mais ce choix a une condition : ce que l’on accepte doit rester sous surveillance. Car rien de ce qui est toléré ne reste stable. Cela s’étend, s’installe pour redéfinir progressivement la norme.

Le problème ne vient jamais de ce que l’on accepte une fois. Il vient de ce que cette première acceptation rend possible ensuite. La bienveillance glisse alors vers la tolérance. Et cette tolérance, sans vigilance, change de nature. Elle cesse d’être un acte.

Elle devient une habitude puis une absence de réaction. Puis, imperceptiblement, un renoncement.

Une fois dans cette situation, on ne décide plus d’accepter. On s’habitue en fait à ne plus voir. On ne fixe plus de limites. On s’adapte de manière mortifère à leur disparition.

Et ce basculement produit toujours le même effet : il ne protège pas celui qui se veut bienveillant. Il l’expose. Il dégrade son environnement et fragilise les équilibres qu’il pensait préserver.

À terme, il le contraint à subir ce qu’il avait choisi de ne pas contenir.

La bienveillance sans vigilance n’est pas une qualité. C’est un renoncement qui finit toujours par se payer.


En savoir plus sur Décider dans le réel

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Ouvrir la discussion

Vous pouvez ouvrir la discussion.

Exprimez votre point de vue

Votre nom et votre adresse électronique sont nécessaires ; votre adresse ne sera pas publiée.