La bienveillance est devenue le marqueur moral du manager contemporain: écouter et comprendre est désormais insuffisant, il lui faut aussi soutenir et protéger.
Dans beaucoup de discours professionnels, elle est même présentée comme l’essence même du rôle : un bon manager serait d’abord un manager « bienveillant ».
C’est séduisant. Et c’est, là encore, une confusion. Car la « bienveillance » répond à une intention : vouloir le bien de quelqu’un. Le management répond, lui, à une responsabilité : garantir un résultat collectif dans la durée.
Or ces deux exigences ne coïncident pas nécessairement. Maintenir en poste une personne qui n’est plus au niveau peut être bienveillant à court terme. C’est souvent injuste pour l’équipe. Et destructeur pour l’organisation.
Éviter un recadrage pour ne pas blesser protège une relation, mais laisse s’installer une dérive que d’autres devront forcément compenser.
À cet endroit précis, la bienveillance cesse d’être une vertu managériale pour devenir une forme de vulnérabilité.
Disons-le franchement : la fonction de manager n’est pas de vouloir du bien à chacun. Il est de rendre possible le travail de tous !
Parce qu’en management, la bienveillance ne se mesure pas à l’intention envers chacun mais au courage de ne pas faire payer aux autres le prix d’une indulgence individuelle.
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