Il est désormais devenu suspect de répondre simplement à une question. Il faudrait d’abord « prendre de la hauteur » pour imaginer pouvoir y répondre.
L’expression laisse croire que la lucidité ou le discernement augmentent avec l’altitude. Pas facile à moins d’un kilomètre d’un aéroport…
En fait, c’est souvent l’inverse. Les problèmes ne disparaissent pas parce qu’on les regarde de plus haut. Ils paraissent seulement plus petits. Comme les automobiles qu’on regardait par le hublot de l’avion quand on était petit.
Autrefois, on analysait. On arbitrait. On décidait. Aujourd’hui, « on prend de la hauteur. »
La formule est tellement confortable. Elle retarde le moment où il faudra enfin choisir, donc renoncer. Elle donne l’apparence de la réflexion — la vraie — sans imposer la contrainte de la décision.
Une pensée sérieuse n’a pas besoin d’un altimètre et ne s’élève que rarement au-dessus du réel. Elle s’y confronte.
Le jargon corporate est le refuge de ceux qui veulent paraître « smart » sans prendre le risque d’être précis.
Plus les mots sont flous, moins ils engagent celui qui les prononce.
À 10 000 mètres d’altitude également.
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