Ce matin, pendant le daily, le top management a challengé les teams sur leur capacité à upgrader le mindset, à accélérer le delivery et à scaler les quick wins sans impacter la customer experience.

Le head of transformation a donc demandé au project leader de driver un workshop cross-fonctionnel pour adresser les pain points, identifier les blockers et réaligner les stakeholders sur la target operating model.

L’idée était de brainstormer un framework agile, customer-centric, data-driven et business-oriented, susceptible de générer davantage d’engagement, d’ownership, d’accountability et de positive energy.

Un premier feedback a toutefois révélé que le scope n’était pas suffisamment clear, que la roadmap manquait de granularity et que le timing n’était pas totalement secure.

Le sponsor a donc demandé un update ASAP afin de donner de la visibility au board sur les milestones, les deliverables, les dependencies, les risks, les opportunities et les next steps.

Une task force a immédiatement été staffée pour benchmarker les best practices, prioriser les use cases, optimiser le workflow et définir une nouvelle governance.

Après trois kick-offs, deux workshops, quatre follow-ups, six checkpoints, neuf one-to-one et un team building, nous avons pu confirmer que les équipes étaient globalement alignées sur la nécessité de mieux s’aligner.

Le dashboard a ensuite été refreshé.

Les indicateurs sont passés de « red » à « amber ».

Le sponsor a salué ce momentum.

Le management a célébré ce quick win.

La communication corporate a préparé un storytelling.

Le community manager a programmé un post sur la performance collective.

Le chief happiness officer a commandé des muffins.

Aucun customer n’a été rappelé.

Aucun problème n’a été résolu.

Aucune décision n’a été prise.

Mais chacun a reçu une invitation Outlook pour un nouveau meeting consacré au manque d’efficacité des meetings.

Cela vous paraît totalement absurde et incompréhensible ? Rassurez-vous : c’est également le cas pour beaucoup d’entre nous, y compris pour ceux qui parlent anglais.

Le problème n’est donc pas notre niveau linguistique. C’est que ce jargon n’est conçu ni pour être clair, ni pour être compris mais pour être « corporate » comme on dit.


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