Pendant longtemps, le diplôme a ressemblé à un talisman. On le montrait fièrement comme une preuve. On le posait ostensiblement sur la table comme un signe d’élection sociale.
Il suffisait même qu’il apparaisse pour que le doute disparaisse. Le diplôme disait : «celui-ci a travaillé, il a été sélectionné, il mérite d’entrer. »
Dans une société où peu l’obtenaient, il marquait une différence visible entre ceux qui avaient franchi le seuil et ceux qui devaient taper à une autre porte.
Puis le talisman s’est multiplié, j’allais dire « industrialisé » et il a perdu peu à peu son pouvoir magique.
Les parcours à bac+5 sont entrés dans l’antichambre du recrutement et souvent ils y restent. Les intitulés sont devenus plus longs, plus techniques, plus ronflants parfois que les vies qu’ils résument.
Pourtant, le diplôme continue de rassurer des recruteurs toujours pressés, à condition qu’il passe d’abord les logiciels pare-feux de (non)sélection.
Sa magie sociale, elle, s’est usée et le talisman ressemble plus désormais à un parchemin tragiquement dérisoire à accrocher sur un coin de mur.
Le réel s’incline de moins en moins devant les grandes écoles ou les mentions. Il a les yeux rivés sur le discernement, la capacité à comprendre vite et à hiérarchiser, le management qui ne s’auto-proclame pas.
Aucun diplôme ne garantit cela, même les plus prestigieux. Il témoigne d’une intelligence formée à apprendre. Sa valeur existe bien sûr encore mais sa souveraineté n’appartient plus à ce siècle.
Faut-il le regretter ou s’en réjouir ? Je n’ai pas la réponse.
Ce qui est sûr, c’est que l’expérience et le bon sens ont repris peu à peu leurs droits pour distinguer le niveau affiché de la solidité réelle; entre celui qui sait parler d’un problème et celui qui sait comment s’y prendre pour le résoudre.
L’épreuve révèle les preuves et c’est souvent là que le talisman perd définitivement ses pouvoirs magiques.
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