Marcel Proust a consacré une grande partie de sa vie à explorer le temps, la mémoire et ce que l’expérience nous révèle parfois bien après que nous l’avons vécue.
Son œuvre m’inspire une réflexion assez éloignée de la littérature, mais qui me semble particulièrement actuelle dans le fonctionnement de nos organisations.
Nous cherchons constamment à gagner du temps. Nous accélérons les processus, multiplions les outils destinés à faciliter les échanges et à rendre les décisions plus rapides. Cette recherche d’efficacité est évidemment légitime. Elle répond à des contraintes bien réelles et permet souvent des progrès significatifs.
Mais je m’interroge parfois sur ce que nous faisons du temps ainsi gagné, sans en avoir à ce stade la réponse.
Au fil de mon expérience, j’ai constaté que certains moments, apparemment peu productifs, pouvaient se révéler particulièrement utiles. Une conversation qui se prolonge au-delà du sujet initial, un échange entre deux collaborateurs qui ne partagent pas la même lecture d’une situation ou le temps pris pour expliquer une décision ou comprendre une difficulté.
Rien de tout cela ne se traduit nécessairement par un résultat immédiat. Pourtant, ces moments contribuent à construire une compréhension commune, à faire circuler l’expérience et, parfois, à prévenir des erreurs dont le coût serait autrement plus important.
À l’inverse, une décision prise rapidement peut donner le sentiment d’avoir gagné du temps, jusqu’au moment où ses conséquences imposent de revenir sur ce qui avait été insuffisamment compris !
Mon propos n’est pas de réhabiliter les réunions interminables, les discussions sans objet ou les hésitations permanentes mais l’enjeu managérial consiste peut-être à mieux distinguer le temps que nous perdons réellement de celui que nous choisissons d’investir.
Les outils dont je parlais, ne nous dispensent pas pour autant de prendre le temps de comprendre ce que nous faisons et surtout pourquoi nous le faisons.
Cette réflexion me ramène à une pratique familière dans les armées. Lorsqu’une mission nous est confiée, son étude commence par deux questions essentielles : que devons-nous faire et pourquoi devons-nous le faire ? Autrement dit, en comprendre la lettre, mais aussi l’esprit. Cette distinction est fondamentale, car elle permet de ne pas confondre l’exécution d’une tâche avec la compréhension de l’intention qui la justifie.
Exécuter une mission sans en comprendre l’intention, c’est risquer de faire exactement ce qui était prévu…même lorsque la situation exige de faire autrement.
Samir, depuis Dakhla.
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